Algérie: Abdelaziz Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat

Algérie: Abdelaziz Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a annoncé lundi soir qu’il renonçait à briguer un cinquième mandat, cédant à la pression de la rue après plusieurs semaines de manifestations.

Le scrutin présidentiel, qui était fixé au 18 avril, a été reporté et aucune nouvelle date n’a été annoncée.

Une nouvelle Constitution algérienne sera soumise à référendum, a annoncé dans la foulée la présidence.

Bouteflika a déclaré dans un communiqué que sa dernière mission serait de contribuer à jeter les bases d’un nouveau système qui sera “entre les mains d’une nouvelle génération d’Algériens”.

Une conférence nationale, “inclusive et indépendante”, supervisera la transition, élaborant une nouvelle Constitution et fixant la date des élections.

Cette conférence devra achever ses travaux d’ici la fin 2019, et des élections auront lieu dans la foulée, a dit le président dans son communiqué. La conférence nationale sera conduite par une “personnalité d’envergure nationale, indépendante, consensuelle et expérimentée”.

L’annonce du retrait de Bouteflika a provoqué des scènes de liesse lundi soir dans les rues d’Alger, où des centaines de personnes, certaines enveloppées dans le drapeau algérien, ont fêté l’événement, tandis que s’élevait un concert de klaxons.

“Nos manifestations ont porté leur fruit! Nous avons eu raison des partisans d’un cinquième mandat”, déclarait un chauffeur de taxi de 50 ans, Mohamed Kaci.

Une partie de ceux qui faisaient la fête dans les rues ont cependant affiché une certaine prudence, en soulignant qu’ils souhaitaient une refonte totale du système politique actuel.

Après les annonces sur l’avenir de Bouteflika, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a présenté sa démission, et celui qui était ministre de l’Intérieur depuis 2015, Noureddine Bedoui, a été chargé de lui succéder. Noureddine Bedoui ne passe pas pour appartenir au premier cercle des proches du président.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la France “salué” la décision de Bouteflika de renoncer à briguer un cinquième mandat.

“Je salue la déclaration du président Bouteflika par laquelle il annonce ne pas solliciter un cinquième mandat et prendre des mesures pour rénover le système politique algérien”, peut-on lire dans un communiqué de Jean-Yves Le Drian, qui se rend en Afrique de l’Est dans le cadre d’une tournée du président Emmanuel Macron.

“LA VOIX DU PEUPLE A ÉTÉ ENTENDUE”

Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans et qui est rentré dimanche en Algérie après avoir passé deux semaines dans un hôpital de Genève, a rencontré lundi soir le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Gaed Salah, après avoir annoncé qu’il renonçait à sa candidature.

Il a également eu dans la soirée un entretien avec Lakhdar Brahimi, diplomate au long cours et personnalité respectée en qui l’armée pourrait voir un garant de la stabilité du pays.

“La voix du peuple a été entendue”, a estimé Lakhdar Brahimi, ancien ministre des Affaires étrangères et émissaire spécial de l’Onu, à la télévision nationale après avoir rencontré le chef de l’Etat.

“Les jeunes gens qui sont descendus dans la rue ont agi de manière responsable et ont donné une bonne image du pays. Nous devons transformer cette crise en un processus constructif”, a-t-il continué.

Les pressions avaient continué de s’accumuler lundi sur le chef de l’Etat.

A Alger, plusieurs dizaines de syndicalistes avaient manifesté devant le siège du principal syndicat du pays, l’UGTA, réclamant la démission de son dirigeant Abdelmadjid Sidi Saïd, un allié du président. Le syndicat avait ensuite fait savoir qu’il était partisan du changement “dans le dialogue et la sagesse”.

D’autre part, juges et responsables religieux algériens avaient fait entendre leurs voix. Un millier de magistrats algériens avaient annoncé qu’ils refuseraient de superviser l’élection présidentielle si Bouteflika se présente.

Les juges annonçaient également leur décision de créer une nouvelle association professionnelle afin de défendre la justice.

Le président Bouteflika, à la tête du pays depuis 1999, ne s’est pas exprimé en public depuis un accident vasculaire cérébral en 2013. Ses adversaires doutent qu’il soit capable d’assurer sa charge et s’inquiètent que l’Algérie soit gouvernée en son nom et dans l’ombre par ses conseillers.

 

Source: Reuters

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