Bensalah

Les hommes de l’après-Bouteflika – Abdelkader Bensalah, nommé président par intérim

L’homme qui doit assurer l’intérim dans les 90 jours après le départ du chef de l’État a 76 ans. Mais ce n’est pas un nouveau venu. Il a été, début 2019, réinstallé à la tête du Conseil de la nation (Sénat, créé en 1996), une fonction qu’il exerce depuis dix-sept ans. Abdelkader Bensalah, qui souffre d’une maladie qui le rend très discret, est comme Ouyahia, l’ex-Premier ministre, un des principaux fondateurs du Rassemblement national démocratique (RND). Ces dernières années, c’est lui qui, en tant que second personnage de l’État « représentait » le chef de l’État lors des visites officielles des présidents ou des personnalités étrangères.

Démineur

Natif de Tlemcen (Ouest), il aurait rejoint l’Armée de libération nationale à 18 ans. Sa biographie officielle raconte qu’il a été démineur puis « commissaire politique » jusqu’à l’indépendance. Bensalah entamera alors une longue carrière de journaliste, notamment comme correspondant au Moyen-Orient, pour la presse publique, uniques médias autorisés à l’époque. Député du parti unique FLN durant quinze ans (trois mandats depuis 1977), il présidera pendant dix ans la commission des Affaires étrangères du Parlement.

Diplomate

Alors que son cheminement vers une carrière diplomatique se consolide – il est nommé ambassadeur en Arabie saoudite en 1989 puis porte-parole du ministère des Affaires étrangères –, il se fait rattraper par le chaos politique des années 1990. Fin 1993-début 1994, le pouvoir, en prise avec l’insurrection islamiste, organise une conférence de « dialogue national ». L’objectif est de donner forme à une transition, du moins dans la forme, capable de sortir le pays du vide institutionnel, après le choc de 1992 (dissolution du Parlement, démission du président Chadli Bendjedid, assassinat de Mohamed Boudiaf qui resta six mois à la tête du Haut Comité d’État – HCE). Bensalah sera choisi pour devenir le porte-parole de cette conférence et finira par présider le Conseil national de transition, une sorte de Parlement bis installé unilatéralement par le pouvoir et dont certains membres seront assassinés par les islamistes armés.

Inamovible

À cette époque, il croise, de loin, un revenant : Abdelaziz Bouteflika, alors sollicité par les généraux pour devenir chef d’État à l’occasion de cette conférence. Bouteflika refuse, car il exige un adoubement exclusif de l’armée. Ce sera finalement Liamine Zeroual, ex-général et ministre de la Défense, qui prendra le relais du HCE, deviendra chef de l’État, puis sera élu en 1995 président de la République. Le nouveau chef d’État ayant besoin d’une légitimité historique, le RND est créé, avec à sa tête, déjà, l’inamovible Bensalah, raflant, par la fraude selon l’opposition, la majorité des sièges du Parlement élu en 1997. Depuis, Bensalah s’installe dans le rôle du « verrou » dans les instances législatives : il est « élu » président de l’Assemblée de 1997 à 2002, date à laquelle il commence à présider le Conseil de la nation, où il est encore à ce jour. « Proche des Bouteflika, fidèle parmi les plus fidèles du président, Bensalah est aussi proche de Ouyahia et de ce qu’il représente comme segments du pouvoir peu amènes avec le président », observe un haut cadre de l’État qui le connaît bien. « Lors de la succession, il sera pour tous un parfait interlocuteur. » Mais l’homme ne fait plus consensus alors que les Bouteflika veulent passer par une période de transition hors cadre institutionnel. « Bensalah est une figure de l’ancien système, il devra faire partie de la charrette », indique-t-on en haut lieu

 

Source: AFP

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